Intelligence artificielle

La stratégie des États-Unis en IA doit nous inquiéter

La stratégie des États-Unis en IA doit nous inquiéter
La stratégie des États-Unis en IA doit nous inquiéter

Auteur

Hugues Foltz

Cet été, alors que j’étais en vacances loin des notifications de ma boîte courriel et de Teams, j’ai lu une nouvelle qui m’a jeté par terre: l’«America’s AI Action Plan» venait d’être dévoilé par la Maison-Blanche.

Autant vous dire que ça a eu l’effet d’une bombe. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le ton est donné. Les États-Unis veulent être les champions mondiaux de l’IA, coûte que coûte!

À titre de rappel, en janvier dernier, un décret présidentiel a ouvert la voie en promettant de «retirer les obstacles à l’innovation». En juillet dernier, ce décret s’est concrétisé avec la publication du plan officiel dans lequel on expose les trois piliers suivants:

   1. Accélérer l’innovation
   2. Construire l’infrastructure américaine
   3. Imposer le leadership américain à l’international

À première vue, on pourrait se dire que c’est une bonne nouvelle et que ça va dynamiser le marché nord-américain. Oui… mais en creusant, je vois surtout des risques énormes pour nous, Canadiens. Et je vais vous expliquer pourquoi.

Pilier 1 : Accélérer l’innovation, l’IA sans frein à main

Le premier pilier est simple. Il s’agit d’une déréglementation massive. L’administration américaine veut revoir toutes les règles qui ralentissent l’adoption de l’IA. Elle veut pousser l’«open source», encourager la recherche et même fixer des critères pour que les IA utilisées par l’État soient «objectives» et sans biais idéologique.

En plus, ils veulent former en masse: reconversion professionnelle, intégration de l’IA dans l’éducation, apprentissage accéléré pour des métiers comme la maintenance, l’énergie, etc.

Sur papier, c’est excitant, car ça signifie plus d’innovation, plus vite. Mais c’est aussi là que réside la menace pour le Canada. Tandis qu’ici, nous préparons une loi (la «Loi sur l’intelligence artificielle et les données», LIAD) pour encadrer l’IA de façon responsable, nos voisins, eux, ouvrent grand les vannes. Qui va attirer les investisseurs? Certainement pas le Canada si on garde des règles trop strictes. Et pourtant, ces règles sont importantes pour la transparence et l’éthique.

En résumé, soit on aligne notre politique sur la leur (et on sacrifie nos principes), soit on garde le cap et on prend le risque de voir nos talents et nos start-ups traverser la frontière. Pas un choix facile, n’est-ce pas?

Pilier 2 : Construire l’infrastructure, le rouleau compresseur américain

Le deuxième pilier consiste à mettre les bouchées doubles sur les infrastructures. Le plan prévoit de simplifier les permis pour les centres de données, d’augmenter la capacité énergétique et même de construire des usines de semi-conducteurs à vitesse grand V. Le gouvernement américain veut également créer USAi, une plateforme fédérale qui vise à centraliser les ressources en IA pour accélérer l’adoption dans toutes les agences publiques.

Et bien sûr, un gros accent est mis sur la cybersécurité avec un centre dédié uniquement à la surveillance des menaces liées à l’IA.

Alors, où est le danger pour nous? C’est simple. Si les États-Unis prennent une avance monstrueuse sur les supercalculateurs (ordinateurs extrêmement puissants), l’infonuagique souveraine et les puces pour l’IA, on devient quoi? Des locataires. On dépend d’eux pour faire tourner nos modèles, entreposer nos données et innover. Et ça, c’est une perte de souveraineté énorme.

Je ne parle même pas de la fuite des cerveaux. Imaginez un chercheur canadien à Montréal qui galère à trouver des serveurs pour entraîner son modèle, pendant que son collègue aux États-Unis a accès à des infrastructures géantes financées par l’État. Vous pensez qu’il restera au Canada? Moi je ne pense pas malheureusement.

Pilier 3 : Leadership international, les règles du jeu américaines

Le troisième pilier, et non le moindre, vise à dominer la scène mondiale. Les États-Unis veulent exporter l’ensemble de leur écosystème d’IA, du matériel aux logiciels, en passant par les normes qui régissent leur utilisation. Ils veulent aussi dicter les règles du jeu en matière de sécurité, de transparence et de gouvernance. En gros, ils veulent établir leurs propres règles et que le reste du monde s’y conforme.

Oui, le Canada est normalement un allié. Mais ça veut dire quoi? Qu’on aura accès à certaines technologies, à condition de jouer selon leurs règles. Si Washington impose un cadre ultra-libéral, Ottawa sera coincé. Suivre le mouvement et faire fi de ses principes, ou rester fidèle à sa vision éthique et prendre le risque d’être isolé?

Le Canada a été pionnier en IA responsable. On a un code de conduite volontaire, une stratégie pancanadienne et des projets de loi comme LIAD. Mais face à la puissance américaine, pourra-t-on continuer à peser dans le débat? Franchement, j’ai des doutes.

Pourquoi il faut accélérer l’adoption de l’IA au Canada

Face à ce plan américain, le vrai risque pour nous n’est pas seulement technologique et réglementaire. C’est surtout que nos entreprises prennent du retard. Et ce retard se creuse vite.

Aujourd’hui, beaucoup de PME canadiennes voient encore l’IA comme une option futuriste ou un gadget. Mais aux États-Unis, avec un État qui pousse à fond cette technologie, l’IA va devenir standard dans la logistique, la santé, l’énergie, le manufacturier… bref, partout. Si nos entreprises attendent trop longtemps, elles vont se retrouver dans la même position que les magasins physiques face à Amazon: dépassées avant même d’avoir commencé la course.

Adopter l’IA n’est pas seulement une question d’efficacité. C’est une question de compétitivité et de survie. Une PME qui automatise certaines tâches, optimise sa chaîne d’approvisionnement et personnalise ses services grâce à l’IA va dominer celle qui reste sur Excel.

Le problème, c’est que l’IA demande des compétences, de la puissance de calcul et des investissements. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises canadiennes n’ont ni les ressources ni le savoir-faire pour se lancer seules. C’est là que le gouvernement doit intervenir. Il faut des programmes de subvention, un accès à des plateformes partagées et des formations massives pour les employés.

Si on ne fait rien, les entreprises canadiennes ne seront pas seulement moins innovantes. Elles seront dépendantes des solutions américaines. Et là, on perd deux fois, économiquement et stratégiquement.

Alors, on fait quoi?

Je ne suis pas du genre alarmiste… mais cette fois, il faut réagir. Le plan américain est clair: puissance maximale, déréglementation, domination mondiale. Si on veut exister dans ce nouveau paysage, il va falloir :

  • Investir massivement dans nos infrastructures.
  • Aider les entreprises canadiennes à adopter l’IA maintenant, pas dans cinq ans.
  • Protéger nos talents avec des incitatifs sérieux pour qu’ils restent au pays.
  • Tenir notre ligne éthique et continuer à promouvoir une IA responsable, même si c’est tentant de tout lâcher pour suivre la cadence américaine.

En résumé, le Canada doit décider s’il veut être un partenaire fort ou un suiveur dépendant. Et moi, je préfère la première option. Mais pour ça, il faut bouger vite.

Prêt à faire le saut ? Discutons de votre prochain projet de transformation numérique.

En savoir plus